Boulevard de la Fraternite

Images par Jean-Philippe Hemery ................................................ à Brigitte

les pieds dans l’eau

Abandonné sur cette grève
Les pieds engourdis par les flots
Je me sens bien seul et je crève
Pour celle qui m’a mis à l’eau

Même si ce soir il ne me reste
Que les étoiles pour m’étourdir,
J’attendrai qu’elle se manifeste
Par un toucher, par un sourire.

De ses doigts, j’ai le souvenir
Si délicats lorsqu’il m’effleurent
Mais je suis en train de mourir
Et mes cordes vibrent de peur.

En m’embarquant sur ce rafiot
Luttant centre vents et marées
Je sus qu’elle m’avait sacrifié
Pour une leçon de piano.

Débarquement Forcé

Les nuits parfois, sont un délice
Lorsque tes rêves sont à la banque
Et que tu chiales comme on pisse
Sur tous ceux qui déjà te manquent.

Tu voudrais montrer ton courage
Te persuader qu’ t ‘es pas si con
Y’a un soleil après l’orage
Mais tu n’ veux pas de ses rayons.

Final’ment tu ne sens plus rien
Dans ce cafard solitaire
Qui a juste le goût amer
De cette fille que tu aimais bien.

Mais ce soir, tu quittes le port
Et son bateau n’est plus le tien
Pourtant, à elle tu penses encore
« Capitaine, emmenez-moi loin… »


L’absence est une plaie
Et repousse les heures
Quand l’amour disparait
Dans les larmes, les pleurs.

Mon coeur est un « j’aimais »
Se nourissant d’ailleurs
Le présent, désormais
Me fait honte et j’ai peur.

J’ai peur de la tourmente
Que ton absence aiguise,
De descendre la pente
Et que mes os se brisent.

Tel un oiseau trop frêle
Dans ce monde de fous
C’est vrai, je suis fou d’elle
Et sans ailes, je m’en fous.

Je suis un émigré
Dans mon propre pays
J’étais fidèle au Ché
Pour ça, ils m’ont puni.

Rejoignant ses pensées
Cherchant un idéal
On m’a dit détraqué
Lors du procès verbal.

J’n’ai commis aucun crime
Ni trahi de confiance
Mais mes idées, j’exprime
Sans peur ni défiance.

C’est pour ca que ce soir
Juste après la torture
Je note mes déboires
En pansant mes blessures.

Je n’verrai plus ma femme
J’espère seulement
Qu’elle transmettra la flamme
Un jour à nos enfants.

J’arrive à voir la plage
Les jours où il fait beau
Je pense aux coquillages
Et voudrais toucher l’eau.

Je regarde le ciel
Au travers des barreaux
Ah, que la vie est belle
Au pays de Castro.

Demi-Fond

La pluie me fouette le visage
Et son goût de sel m’écoeure
Pourtant, le ciel est sans nuages
Est-il possible que je pleure ?

La vue troublée, je marche encore
Sans savoir où mes pas me ménent
Je vais gagner le premier port
Pour tourner la dernière scène.

Déjà, la caresse de l’eau
Légère comme une main de femme
Embrume et dissout mon cerveau
Mélange d’écume et de larmes.

Je coule à pic mais sans rancoeur;
Quand je repense à ses sourires
Je n’ai aucune peur de mourir
Elle était mes batt’ments de coeur.

Claire Obscure

Elle a réuni toutes ses affaires
Elle a décidé de foutre le camp
En me laissant le cul par terre
Au milieu de l’appartement.

Elle a dû oublier nos hiers
Dû oublier tous les bons moments
De sa présence, j’étais si fier
Mais pas assez intelligent.

Elle va me laisser sans sa lumière
Ma tête est un trou noir à présent
Qui n’aspire plus que les poussiéres
De lendemains inconsistants.

Elle part retrouver son amie Claire
Son amante, je le sais maintenant
Sans même regarder derrière;
Nous vivons nos derniers instants.

Je reste seul devant ma bière
Sur un bout du bar discrètement
J’écris ces lignes entre deux verres
Sans me hâter, j’ai tout le temps.

Elle a réuni toutes ses affaires
Fermé la porte un peu violemment
En me laissant le cul par terre
Au milieu de l’appartement.

La Dame aux Cheveux Blancs

La dame aux cheveux blancs
Va promener son chien
Au parc, pas trop loin
Marcher est fatiguant.

La dame aux cheveux blancs
Prend soin de son jardin
Arrose bien ses plants
De thym, de romarin.

La dame aux cheveux blancs
Rencontre au magasin
Du quartier, ses voisins,
Echange les cancans.

La dame aux cheveux blancs
Fait partie des chrétiens
Et donne un peu d’argent
A la messe, le matin.

La dame aux cheveux blancs
Murée dans son chagrin
N’a jamais eu d’enfants
Monsieur est parti loin.

La dame aux cheveux blancs
Est morte ce matin
Libérée du carcan
Que fait le quotidien.

La dame aux cheveux blancs
Est enterrée demain
Y’aura pas un passant
Pour suivre le baldaquin.

Mais peut-être son chien…

Délit de Fuite

Just’ regarder la pluie tomber
Aller debors pour êtr’ dedans
Et la sentir dégouliner
Comme des larmes sur le présent.

Sauter dans les flaques à pieds-joints
Pour croire qu’on est encore enfant
Quand les souvenirs sont trop loins
Bien relégués au dernier rang.

Marcher, marcher sans aucun but
Sentir la caresse du vent
Sourire en pensant à ton cul
Et pleurer en le regrettant.

Vouloir qu’ augmente la tempête
Qu’elle vous entraîne dans son courant
Qu’elle vous submerge, vous pénètre
Compagne des derniers instants.

Just’ regarder la pluie tomber
Et apprécier ce foutu temps
Avoir envie de se mouiller
Oser dire merde, une fois seul’ment.

J’aimerais bien être une larme
Et pouvoir, tes joues caresser
Quand tant de choses te désarment
Et s’enferment dans tes pensées.

J’aimerais bien être ta bouche
Pour ton sourire, dévoiler
Ce petit truc qui fait mouche
Chaque fois que t’as essayé.

J’aimerais bien être ta main
Pour ainsi, la mienne serrer.
Ensemble, fair’ un bout d’chemin
On a bien le droit de rêver.

Destin Fragile

Quelques gouttes de sueur
Et quelques larmes
Exorciser la peur
Qui te désarme.

Quelques gouttes de pluie
Mauvais présage ?
Qui coulent et que t’essuies
Sur son visage.

Quelques rides creusées
Au coin des yeux
Tu sais plus qui tu es
Tu t’sens si vieux.

Quelques souvenirs d’elle
Ton coeur qui bat
Quelques cristaux de sel
T’oublieras pas.

Encore Plus Vieux

Sous un brouillard de pluie
Je cours à perdre haleine;
Fermez vos parapluies
Et sauvez les baleines.

Allons enfants

Je suis là et repose
Dans la boue et le sang
Couvert d’ecchymoses
Plus rien, je ne ressens.

Je suis là, on me cause
Les mots sont rassurants
Mais l’odeur m’indispose;
J’en ai plus pour longtemps.

On m’avait ait: « Vas-y  »
Tu joues ton avenir;
J’ai perdu le pari
Que je voulais tenir.

Le doc m’a donné un alcool
Avant de m’amputer;
Ma jambe gauche sanguinole
Un obus l’a touché.

J’ai seul’ment 20 ans et je crève
Pourtant j’ me sens adolescent
D’un coup, j’ai perdu tous mes rêves
Verdun m’enlève a mes parents.

Que soient maudites toutes les guerres
Et les obus et les tranchées
L’homme est d’une race bien trop fière
Pour admettre qu’il s’est trompé.

LE ZYGLOTRON A COULISSE

Les humains, depuis fort longtemps, se plaignaient qu’il ne pleuvait
point.
Depuis des décennies en effet, les terres étaient arides et les sillons à
rides.
Donc le Bon Dieu, dans son infinie faiblesse réfléchie, réfléchit.

ET IL TROUVA!

La solution était toute simple et résidait dans l’achat d’un zyglotron à
coulisse.
Il avait aperçu, du haut de son nuage vert (Pollution atmosphérique
oblige), il avait donc aperçu, dis-je, la belle Lili sortant sur le trottoir les
articles de la parfaite droguiste, bazar, bar, tabac, épicerie dont..
Dont le fameux zyglotron à coulisse made in China (Révolution culturelle
n’obligeant pas), emballé dans un joli plastique fluo.
Il descendit donc sur terre déguisé en pape afin de préserver son anonymat, et
déroba l’engin.
Malheureusement quelques clients de chez Evelyne (Chez Evelyne, le Lagon
Bleu), l’aperçurent et notre cher papa à tous du reprendre en toute hâte l’ascenceur
et la direction de son duplex paradisiaque.
Quelle émotion lorsque la première note sortit de l’engin démoniaque.
Aaaah, quelle noble éructation!
Et notre Saint-Père éructa, éructa, pendant des jours et des jours

(Eh oui, pauvres mortels, y’a pas de nuit au Paradis).
Mais les sons qu’il sortit étaient si profonds, si mélodieux et si beaux
que le Bon Dieu se dit qu’il avait encore fait une grosse bêtise
(une de plus ), car depuis sur la terre il n’a jamais plus plu.

MORALITE: Quand il pleut, il faut sortir les Saint-Pére.

PROBLEME DE ROBINET

Celà faisait des nuits que je ne dormais plus…
Des nuits et des nuits…
Dérangé que j’étais par ce battement métronomique:

FLOC! FLOC! FLOC! FLOC!

Des nuits de cauchemars éveillés;

FLOC! FLOC! FLOC! FLOC!

J’essayais tous les tranquilisants dont mon armoire de toilette était
pourvue : «VITOLIE», «DORMONGAT», et j’en passe… Rien à faire!

FLOC! FLOC! FLOC! FLOC!

Je me rabattais donc sur tous les bouquins de philo que ma
bibliothéque pouvait offrir :
FREUD, KANT, MARX, KAMASOUTRA…
mais je ne trouvais toujours pas le sommeil.

FLOC! FLOC! FLOC! FLOC!

Seulement, un jour où j’étais affairé à retourner mon
KAMASOUTRA dans tous les sens afin d’essayer d’en saisir les
théories, non sans avoir auparavant ingurgité un flacon de
«DORMONGAT», un jour je m’endormis?!!

Ce n’est qu’à mon réveil,… cinq jours plus tard (c’est costaud le
DORMONGAT), que je m’aperçus d’une chose!!
Plus aucun son ne me parvenait aux oreilles, plus de

FLOC! FLOC! FLOC! FLOC!

MON ROBINET ETAIT TOMBE AMOUREUX
D’UNE GOUTTE D’EAU!

Aaaah, que c’est beau l’amour; quel soulagement de ne plus entendre
ce son régulier et irritant.
Ah, bien sûr, je ne me lavais plus (tout avantage a son inconvénient),
mais à bien choisir, je préferais encore ma crasse à ce satané FLOC.
Ainsi, pendant des mois, je vécus dans le calme et dans trois
millimètres de crasse en putréfaction.

UN HOMME HEUREUX, QUOI!

Mais un beau matin, alors que j’étais en train de me nettoyer le visage
au couteau…

FLOC! FLOC! FLOC! FLOC!

Aaaah, je me rappelle encore le frisson qui me parcourut à cet instant
Pourquoi un tel revirement de situation?
Pourquoi cela?

Et c’est ainsi que je compris que mon robinet avait rompu avec la goutte d’eau…

1 Comment

  1. Rémi Begouen

    juin 10, 2010 at 9:15

    Si j’étais sévère je dirais que le présent recueil est insuffisant -« peut mieux faire »…
    Mais, les pieds dans l’eau moi-même, je ne saurais être sévère avec l’ami poète, ses trouvailles de mots, ses trouvailles de sons et de sens…, de l’humour notamment.

    Plusieurs de ces poèmes appellent une guitare sèche, sur un air de blues : Quel artiste (musicien et chanteur) viendra prendre l’artiste Jean-Phi par la main et lui dire : Garde les pieds dans l’eau, garde ta mélancolie et ta lucidité poétiques, OK, mats enlève-toi le poil que tu as dans la main; retravaillons ensemble telle ou telle ébauche de chanson!

    N’empêche : du haut de mes poils au menton, je félicite ici l’ami Jean-Phi pour sa verve tranquille, audacieuse, et pour également ceci : Il y a dans son style propre une réminiscence, parfois, du style de feu notre ami Pascal Durand. C’est là une façon toute émouvante de rendre hommage à celui qui reste, dans les nuages, pilier de notre association « SnaZ? ».
    Rémi Begouen

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